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    Étrépagny – 150ème anniversaire du 30 novembre 1870

     

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    Étrépagny – 150ème anniversaire du 30 novembre 1870 en présence de Frédéric Cailliet maire de la ville, Jean-Jacques Pilinski, Bernard Langlois et Laurent Bausmayer (Conseillers délégués), Délégation portes drapeaux (Michel Charlemagne, Président des Anciens Combattants), Reynald Jouveaux…

     

    « Etrépagny : La terrible journée du 30 novembre 1870″
    Extraits des « Souvenirs d’un mobile du Vexin »
    Jean-Jacques PILINSKI
     
    «Rien ne nous faisait pressentir, la veille, la marche en avant du général Briand, dont le corps, réuni dans la vallée d’Andelle, nous avait fait concevoir, depuis quelques temps, de si grandes espérances.
    Dans la journée du 29, une colonne de 600 hommes, détachée du corps de 3 000 Saxons, installé depuis le 25 à Gisors, en remplacement des troupes Prussiennes qui l’occupaient précédemment, était arrivée à Etrépagny, d’où elle avait dirigé une reconnaissance sur Farceaux et Ecouis, sans avoir rencontré nos éclaireurs. …
    Pendant que ces six cents hommes, logés chez les habitants, s’abandonnaient à des exigences et à des excès indignes d’une armée régulière, le général Briand formait les trois colonnes qui, de Fleury, devaient marcher sur Gisors… celle de droite, formée de mobiles, se dirigea d’Ecouis par les Thilliers. Mais, reconnue à la hauteur de Richeville par une patrouille de cavalerie saxonne, elle fut reçue par une vive fusillade de la part du détachement ennemi qu’elle espérait surprendre. Le désordre se mit dans ses rangs, et elle dut se replier sans avoir pu dépasser les Thilliers. La colonne de gauche, formée des francs-tireurs Mocquart, partit des environs de Longchamps où elle était réunie depuis assez longtemps. Elle s’empara successivement de tous les postes saxons établis à Saint-Denis-le-Ferment et au pont de Bazincourt, tourna Gisors, et parvint enfin à Trye-Château vers quatre heures du matin, d’où elle tira les trois coups de canon convenus avec le général Briand. Ce dernier, à la tête de la colonne du centre, plus nombreuse que les précédentes, mais composée d’éléments aussi divers que des mobiles et des bataillons de marche, sans cohésion entre eux, se dirigea par le Thil sur Etrépagny, où il ne soupçonnait pas la présence de l’ennemi qu’il pensait ne devoir rencontrer qu’à Bézu Saint-Eloi. A une heure du matin, il arrivait à la hauteur de la Briqueterie, située à un kilomètre en avant de la ville, sans avoir rencontré une seule vedette saxonne. Ce fut là seulement que les grand’gardes ennemies échangèrent quelques coups de feu avec notre avant-garde et se précipitèrent vers Etrépagny pour annoncer l’approche de nos troupes.
    Malheureusement alors il se produisit dans notre colonne, surprise elle-même de la présence de l’ennemi à Etrépagny, un de ces mouvements d’hésitation trop fréquents dans des troupes se trouvant pour la première fois au feu sans chefs expérimentés et en nombre insuffisant. Mais l’énergie et l’élan de quelques hommes de cœur, parmi lesquels nous citerons le commandant Roussel, M. Couturier, volontaire, guide de la colonne, et M. Gicquel, officier d’ordonnance du général, eurent bientôt raison de cet instant de faiblesse, et la colonne, son général en tête, entra vivement dans la ville par la Grand’Rue, engageant la fusillade avec toutes les fenêtres et toutes les portes qui s’éclairaient. Arrivée en face du pensionnat de Mlle May, où cinquante fantassins saxons étaient logés, elle s’empara de leurs armes formées en faisceaux devant la porte, pendant que la plupart des soldats se sauvaient par les jardins de derrière et que leurs officiers se défendaient avec leurs revolvers par les fenêtres.
    Mais ce fût aux abords de la mairie que l’engagement fut le plus sérieux. Des combats partiels eurent lieu dans les maisons et les fermes bordant le côté nord de la Grand’Rue. Notre cavalerie, qui ne se composait malheureusement que d’un détachement du 12e chasseurs, dut charger sur les troupes saxonnes, fantassins et cavaliers, qui s’enfuirent devant elle pendant que d’autres, à peine vêtus, à pied ou à cheval, s’échappaient vers Saint-Martin en sautant par-dessus des barrières et des murs de clôture où l’on voit encore la trace de leur passage. Quelques-uns essayèrent d’ouvrir la grille et de se réfugier dans le parc de Saint Martin.
    La fusillade continua assez longtemps encore dans la ville, dont plusieurs maisons furent criblées de balles, mais dont aucun habitant ne fut atteint. Quant aux deux cents Saxons logés dans le château appartenant à M. A. de Vatimesnil, ils purent se sauver presque sans coup férir à travers le parc, et de là gagner Gisors.
    L’ennemi était chassé d’Etrépagny, n’ayant pu emmener qu’une de ses deux pièces d’artillerie, après avoir été forcé de briser le brancard de son caisson et l’avoir jeté dans la rivière auprès d’un pont.
    Il était trois heures du matin. Nos troupes se massèrent alors près du cimetière. Quels furent alors les motifs qui, modifiant complètement le plan du général Briand, arrêtèrent sa marche sur Gisors ? Bien des versions ont circulé sur cette subite détermination que l’avenir éclaircira sans doute, mais à laquelle il faut attribuer le désastre qui, peu d’heures après, vint frapper Etrépagny. Nos troupes se reposèrent quelques instants puis reçurent l’ordre de rétrograder et se retirèrent sur Ecouis, laissant aux ambulances de la colonne et à celle d’Etrépagny le soin d’enlever les morts et les blessés, dont ceux qui étaient encore transportables furent emmenés à Ecouis. Parmi ces derniers se trouvait le colonel saxon Keller, qui fut recueilli par un employé du dressage dans un champ près de la Broche. Son cheval mort gisait à côté de lui. Au jour, l’aspect de la ville était navrant. La Grand’Rue présentait les traces douloureuses du combat de la nuit. Des flaques de sang, des chevaux morts, les devants des magasins criblés de balles, quelques rares habitants sortant peu à peu de leurs demeures pour aider à transporter les blessés et les morts à l’ambulance de la ville établie à Marigny. Les trente-cinq lits de cet établissement furent bientôt occupés par les blessés français et saxons et furent soignés avec une égale sollicitude par MM. Les docteurs Bariod et Guerbe, par les sœurs de la Providence et par quelques hommes et femmes dévoués. Les morts, au nombre de vingt-trois, dont seize Saxons, furent recueillis dans une grange voisine de l’ambulance. Parmi eux se trouvaient le caporal Labbé, de Rouen, et un jeune mobile de la Loire-Inférieur, nommé Desrouins, atteint d’une balle au cœur qui avait traversé son livret. Un capitaine du 41e de ligne, M. Chrysostôme, vieux et brave militaire, qui avait repris du service pour la durée de la guerre, fût blessé mortellement d’une balle dans les reins … Il a succombé le lendemain matin à l’ambulance.
    Nous arrivons enfin à la partie la plus douloureuse du récit, à l’incendie de notre malheureuse ville. Nos troupes s’étaient repliées sur Ecouis, et il était à présumer que l’ennemi ne tarderait pas à revenir sur une ville laissée sans défense, et que, pour se venger de sa défaite de la nuit précédente, il accusait d’avoir été complice de la surprise dont il n’avait pas su se garantir. Vers une heure, en effet, les éclaireurs de la cavalerie saxonne arrivaient à l’entrée de la ville. Ils en fermaient successivement toutes les issues, et un corps d’infanterie, muni de matières inflammables, pénétrait dans le Grand’Rue pour procéder à cette œuvre de vengeance froidement calculée et dans l’accomplissement de laquelle la discipline allemande reparut accompagnée d’actes de cruauté et de sauvage ironie. Les soldats qui brûlèrent la maison de M. Raffy ouvrirent le piano qui s’y trouvait et firent de la musique jusqu’à ce que le feu les forçât de sortir. Grâce au pétrole, grâce à ce terrible moyen incendiaire dont les Germains, dans leur barbarie, ont déjà fait un usage si fréquent et si odieux dans leur campagne en France, de nombreuses colonnes de fumée s’élevèrent bientôt de plusieurs points de la ville, les flammes ne tardèrent pas à se faire jour, et moins d’une demi-heure après l’arrivée de cette bande de démons, l’incendie s’étendait sur toute la ligne nord de la Grand’Rue où se trouvent les principales habitations et les six fermes dans lesquelles les Saxons avaient pris logement la veille. Le feu était mis dans l’intérieur des maisons, sous les meubles, sous les matelas et dans la paille amoncelée dans une seule pièce. Dans d’autres demeures s’accomplissaient des scènes de pillage et de dévastation, des actes de cruauté sur les malheureux habitants dont plusieurs s’étaient réfugiés dans les caves. M. Florentin, ancien maire, fut frappé d’un coup de sabre à la tête, et M. Liénard fut roué de coups. Des otages emmenés au dehors d’Etrépagny furent forcés à la hauteur du cimetière de se mettre à genoux sous les fusils braqués sur eux et de regarder brûler leur malheureuse ville.
    L’ennemi exerçait, disait-il, ces représailles parce que les habitants avaient caché la veille des francs-tireurs dans les caves et dans le clocher. A trois heures, l’incendie s’étendait d’un bout à l’autre de la ville, et les braves troupes saxonnes, comptant sur un vent assez fort qui devait propager le désastre, se retirèrent sur Gisors avec leurs otages et après avoir enlevé de l’ambulance leurs morts et leurs blessés de la nuit précédente, dont quelques-uns, dit-on, expirèrent durant le trajet. Rien ne peut donner une idée de l’aspect d’Etrépagny au moment où des localités environnantes il nous fut possible d’y accourir ; les femmes se hâtaient de sortir de leurs demeures les objets les plus nécessaires qu’elles déposaient sur la place et du côté sud de la rue où l’incendie n’avait pas été mis, mais où le vent portait les flammèches sur lesquelles l’ennemi avait compté pour que l’embrasement devînt général. Les hommes essayèrent de sauver les mobiliers en combattant le feu au moyen des pompes de la commune que, dans leur prévision infernale, les Saxons avaient mis hors de service.
    La circulation était impossible depuis la mairie jusqu’à la hauteur de la route de Doudeauville, tant la fumée était intense. Ceux dont les habitations ne présentaient plus aucun espoir d’être sauvées se dirigeaient avec quelques rares effets vers les localités environnantes. Le hameau de Saint-Martin reçut à lui seul près de cent personnes. … Le vent cessa peu à peu, l’incendie se concentra sur lui-même, et au jour on put espérer que le désastre ne serait pas aussi complet que l’avaient espéré nos ennemis. Cinquante-quatre maisons, les fermes avec leurs montures, leurs récoltes et une partie de leurs bestiaux ne présentaient plus que des ruines fumantes, et la vengeance des Saxons était encore si loin d’être satisfaite, que quelques jours après ils menaçaient de reprendre leur œuvre de destruction.
    Le château de M. Albert de Vatimesnil n’a pas été non plus épargné, et s’il n’a pas été incendié, c’est grâce à la solidité de ses vieux murs. … »
     

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